N°6 : Le confinement, une ouverture vers la création 
 d’une relation thérapeutique, autrement.

N°6 : Le confinement, une ouverture vers la création 
 d’une relation thérapeutique, autrement.

Face au confinement, nombre de psychologues se sont mis à expérimenter les consultations via la technologie informatique, jusque-là, peu ou pas utilisée.

Il est interessant de pouvoir analyser que les Psychologues, quel que soit leur courant, ne définissent pas leur relation thérapeutique (dite aussi alliance, transfert ou collaboration) au travers la présence physique de leur patient. Freud a évoqué le transfert à partir de la création d’une relation qui dépasse l’analyste et l’analysé :

«Cette relation, qu’on appelle, pour faire bref, transfert, prend bientôt la place chez le patient du désir de guérir et devient, tant qu’elle est tendre et modérée, le support de l’influence médicale et le ressort véritable du travail analytique commun. »1
Les cognitivistes évoquent un rapport collaboratif, il n’est pas non plus mentionné la nécessité d’avoir son patient en face de soi pour construire ce travail.

Si certains s’opposent à la découverte de ces outils pour différentes raisons qui leur appartiennent, d’autres, au contraire, ont pu vérifier leur intérêt, dans leur relation thérapeutique et pour leur patient. Concernant les situations des adolescents, nous avons expérimenté trois façons de maintenir le lien et d’échanger avec eux :

– « la visio »
– l’appel téléphonique
– les correspondances écrites
C’est en échangeant avec les adolescents que l’on a pu s’apercevoir que si la consultation à distance était essentielle à maintenir, elle ne l’était pas forcément avec un échange vidéo.

« La visio » vient ouvrir sur l’intimité du professionnel et de son patient un élément pouvant créer un sentiment de malaise de la part des deux protagonistes. Outre ce que l’on décide de mettre en lumière au travers la caméra, l’absence physique mais le maintien de l’image peut aussi être problématique pour l’un comme l’autre (on remarque d’ailleurs l’essor de tenue non assortie bas décontracté/haut habillé). La visio permet en revanche de pouvoir préserver l’analyse d’un langage corporel. Ce langage vient en effet apporter des éléments riches quant aux réactions immédiates et inexprimées.

Concernant les deux autres outils, ils suppriment la vue jusqu’à se focaliser sur un seul : l’Ecoute. Mais n’est il pas l’essence même du métier de psychologue ?

En 2010, l’équipe de Laurent Renier, de l’Institut des neurosciences de l’université catholique de Louvain, a découvert que le cerveau des personnes aveugles réutilise le cortex visuel pour développer ses aptitudes auditives, olfactives et tactiles : la zone

Le confinement

Face au confinement, nombre de psychologues se sont mis à expérimenter les consultations via la technologie informatique, jusque-là, peu ou pas utilisée.

Il est interessant de pouvoir analyser que les Psychologues, quel que soit leur courant, ne définissent pas leur relation thérapeutique (dite aussi alliance, transfert ou collaboration) au travers la présence physique de leur patient. Freud a évoqué le transfert à partir de la création d’une relation qui dépasse l’analyste et l’analysé :

«Cette relation, qu’on appelle, pour faire bref, transfert, prend bientôt la place chez le patient du désir de guérir et devient, tant qu’elle est tendre et modérée, le support de l’influence médicale et le ressort véritable du travail analytique commun. »1
Les cognitivistes évoquent un rapport collaboratif, il n’est pas non plus mentionné la nécessité d’avoir son patient en face de soi pour construire ce travail.

Si certains s’opposent à la découverte de ces outils pour différentes raisons qui leur appartiennent, d’autres, au contraire, ont pu vérifier leur intérêt, dans leur relation thérapeutique et pour leur patient. Concernant les situations des adolescents, nous avons expérimenté trois façons de maintenir le lien et d’échanger avec eux :

– « la visio »
– l’appel téléphonique
– les correspondances écrites
C’est en échangeant avec les adolescents que l’on a pu s’apercevoir que si la consultation à distance était essentielle à maintenir, elle ne l’était pas forcément avec un échange vidéo.

« La visio » vient ouvrir sur l’intimité du professionnel et de son patient un élément pouvant créer un sentiment de malaise de la part des deux protagonistes. Outre ce que l’on décide de mettre en lumière au travers la caméra, l’absence physique mais le maintien de l’image peut aussi être problématique pour l’un comme l’autre (on remarque d’ailleurs l’essor de tenue non assortie bas décontracté/haut habillé). La visio permet en revanche de pouvoir préserver l’analyse d’un langage corporel. Ce langage vient en effet apporter des éléments riches quant aux réactions immédiates et inexprimées.

Concernant les deux autres outils, ils suppriment la vue jusqu’à se focaliser sur un seul : l’Ecoute. Mais n’est il pas l’essence même du métier de psychologue ?

En 2010, l’équipe de Laurent Renier, de l’Institut des neurosciences de l’université catholique de Louvain, a découvert que le cerveau des personnes aveugles réutilise le cortex visuel pour développer ses aptitudes auditives, olfactives et tactiles : la zone

Le confinement

chargée des informations visuelles se remodèle pour traiter plus finement celles transmises par les autres sens2.

L’appel téléphonique permet de maintenir le lien, si l’accès aux expressions corporelles reste impossible, c’est pour privilégier l’écoute et la parole.
Les adolescents ont pour habitude de se servir de cet outil, en dehors de leur relation thérapeutique. Des adolescents ont pu se laisser entrainer par leur confort, accordant moins d’attention à nos expressions et l’analyse de notre présence, davantage être dans la verbalisation. La distance physique leur permettant de se recentrer uniquement sur les mots.

Si une adolescente a pu demander comment elle pouvait savoir si « vous ne faites pas plein d’autres trucs en même temps et que vous m’écoutez pas vraiment », elle a pu vérifier, par la présence symbolique et verbale que l’Ecoute était bien au travail.

Reste alors l’écrit. Si l’écrit peut être conseillé pour apposer des mots sur les ressentis et les perceptions de l’adolescent, l’échange écrit demeure exceptionnel. C’est une pratique expérimentée grâce à une adolescente atteinte de surdité et qui refusait la visio. Si l’écrit rend difficile l’accès au langage corporel, il crée une autre temporalité. C’est une écoute différente avec une attention particulière accordée au choix des mots, car si l’on maitrise parfaitement le message à délivrer, l’interprétation des écrits échappe davantage. La question quant aux ressentis et au vécu trouve une réponse débarrassée d’un risque : celui d’une interprétation physique ou auditive de l’Autre.

Le constat d’un bénéfice pour ces adolescents peut trouver sa source dans le fait que ces outils maintiennent l’Autre à distance. On constate des difficultés du lien concernant un grand nombre d’adolescents, ce qui vient maintenir un sentiment plus sécure à distance, leur laissant la possibilité de s’exprimer davantage.

Le confinement a fait éprouver des angoisses de liens, de relations sociales. C’est dans ce contexte que ces techniques ont pu trouver un sens particulier. Le psychologue et son patient pourront alors trouver, communément, un outil qui leur convienne pour maintenir leur lien.

On constate cependant que l’utilisation de ces méthodes a fait émerger une certaine fatigabilité pour les professionnels. L’adaptation ne pouvant être illimitée, nous serons ravis de pouvoir revoir nos patients dès que le contexte le permettra.


Mélanie Magnin
Psychologue clinicienne,
Spécialisée en psycho-criminologie et victimologie


1 – Sigmund Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925, Gallimard, Folio, 1987.

2 – https://www.science-et-vie.com


N°5 : Au temps du confinement, quel est mon espace… ?

N°5 : Au temps du confinement, quel est mon espace… ?

L’espace est instantanément perçu comme physique et limité : le bureau, la chambre, l’espace de jeu, la maison, l’appartement, l’immeuble : il est privé mais peut être public : la rue, le skate park, le hall de l’immeuble, il peut être grand, très grand mais petit aussi. Il peut être fermé mais il peut être ouvert : grand-ouvert ou filtrant ce qui peut ou qui ne peut pas entrer. Il a des limites : des murs, des bords, il se signale : un panneau, une entrée, il autorise ou interdit ce qui vient du dehors, il laisse aller et venir mais peut aussi enfermé, contraindre ou il peut à l’inverse, rassurer et sécuriser.

“Ceci est mon espace, ton espace, notre espace…”

Mais l’espace est aussi l’espace psychique et l’on pourrait dire de ses bords, de ses limites, de son étendue qu’il est aussi un lieu à géométrie variable, dont les accès sont mesurés et ne doivent pas être effractés : je ne laisse entrer que ce que je suis prêt à entendre ou voir.

Si les espaces psychiques rencontrent les espaces physiques : cela donnera peut-être une chambre désordonnée, un signe sur la porte de votre ado : « interdit d’entrer », des posters aux murs pour rappeler que la limite est ici mais qu’elle peut être habillée et rassurante.

En ce temps de confinement, nous avons rangé nos placards, trié nos courriers, jeté, gardé, nous avons mis de l’ordre dans notre espace de vie. Comment le faire avec nos pensées, nos souvenirs, comment ordonner cet espace-là ?

« La notion d’espace est formée, celui-ci est de prime abord limité. Mais cette limitation parait accessoire, parce qu’on peut apparemment toujours introduire une boîte plus grande qui enferme la plus petite. L’espace apparaît ainsi comme quelque chose d’illimité. »  Einstein, La relativité, Paris, Payot, 1978, pp. 156-159.

Nous pouvons alors imaginer que notre espace physique appartient à un espace plus grand qui appartient à un espace encore plus grand (ma chambre, ma maison, ma ville, mon pays, …). L’espace psychique aussi renferme des boîtes dans des boîtes, nous avons en tant qu’adulte une boite de « nous-adolescent » qui elle-même contient une boite de « nous-enfant », peut-être même que se cache une boite transmise par nos parents : trauma, résilience, histoire de guerre, de migration…

Ces espaces, tant physiques que psychiques, peuvent être habités ou abandonnés, se transformer et l’adolescent est particulièrement habile pour investir, à sa façon, les espaces : aller trop loin, ne pas oser, déborder, marquer son espace, se taire ou trop en dire, … Il est habile pour les transformer, les personnaliser afin qu’ils évoquent ce qu’ils sont.

Dans mon espace, il y a le monde et dans ce monde, il y a moi… alors quelle boite renferme l’autre ?


Nathalie Reymond-Babolat
Psychologue clinicienne,
D-Clic Arpège, Maison Des Adolescents du Gard.


N°4 : Au temps du confinement, qui suis-je ? Et qui vais-je devenir…

N°4 : Au temps du confinement, qui suis-je ? Et qui vais-je devenir…

Alors que nous nous construisons dans nos rencontres, que nous élargissons nos horizons dans nos voyages, que nous apprenons toujours des autres, qu’il nous faut partir pour connaître nos racines, nous échapper du cercle familial pour y comprendre notre place, comment continuer à être celui que nous sommes, comment devenir celui que nous voulons être, alors que nous sommes «  confiné  » dans ses murs, soumis à la «  distanciation sociale  », poursuivant nos études ou notre travail par internet.

Comment soutenir cette injonction  : «  Va, vis et devient  » alors que nous sommes ici, mais toujours à vivre et en devenir…

L’adolescent dans ce contexte devra s’inventer ce voyage, se réinventer des chemins de communication vers ses pairs, trouver comment partir tout en restant ici.

Les expériences de confinement  partagées par les astronautes, les épreuves de privation de liberté  dont sont soumis les détenus, les hospitalisations longues de ces enfants malades sont autant de moment où le corps nous rappelle en ses limites à ne pouvoir aller «  ailleurs  », loin où notre âme pourtant, souhaiterais vaguer, divaguer, s’échapper, oublier…

Nous sommes rappeler à ce que nous sommes, tout d’abord, ou peut-être en second, un corps, pris dans une temporalité. S’il est question d’être et de rester physiquement là où nous sommes, il s’agit de l’être pour une durée, déterminée.

N’avons-nous pas une alternative  ? Attendre, et nous échapper autrement…

L’humain est ainsi fait qu’il a un corps, oui mais aussi une mémoire  : rappelons-nous ces dernières vacances, cette dernière soirée avec les copains, ce dernier baiser presque inespéré, et imaginons  : quel pays je souhaiterais découvrir, quels études j’aimerais faire, en quoi je pourrais être utile, demain, dans cette société  ?

Parce que le présent nous enferme, échappons lui par nos souvenirs et évadons nous par nos projections.

Puis, réaliserons-nous peut être ce que nous avons imaginé… Il est question maintenant de «  Reste, vis et imagine…  ».


Nathalie Reymond-Babolat
Psychologue clinicienne,
D-Clic Arpège, Maison Des Adolescents du Gard.


https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/confinement-secrets-astronautes-confinement-reussi-80254/

« Prison, le cri du silence » d’après le livre de Paul RUTY (cd audio) »Editions de l’astronome

Série TV Les Bracelets Rouges


N°3 : Le rythme adolescent dans un monde à l’arrêt.


« Crise d’adolescence : en réalité le seul moment où l’homme, ayant mesuré son destin, est tenté d’aller jusqu’au bout de ses pensées »

Pierre Turgeon

La construction de notre société occidentale actuelle s’est développée autour de la consommation, de la communication, ainsi que de la mondialisation de l’économie. Ces trois mouvements ont grandement impacté l’individu et son fonctionnement. Une liberté de choix dans une diversification infinie.

Or lorsque la décision du confinement est apparue, c’est tout un monde à l’arrêt qui est venu s’imposer à toute la population française.

L’adolescent est un consommateur exigeant et multiple dans cette société du plein. Son identification en dépend. Il expérimente ses choix au travers sa construction psychique et identitaire. C’est d’ailleurs dans une recherche de l’approbation de ses pairs qu’il viendra attester de son statut d’adolescent.

« Il importe ainsi de faire valider la valeur de ses relations privilégiées et intimes sur Facebook, devenue la scène observée par ses huit cents amis, de faire valider son look, ses choix de vêtements, sa relation amoureuse, son implication, sa rupture, le choix, provisoire, de son orientation sexuelle. »1

Or dans une période de confinement, les choix sont nettement limités, venant ainsi amenuiser les interactions sociales. Les espaces de socialisation tels que : l’école, les centres commerciaux, club de sports etc, sont tous fermés. La sphère privilégiée de l’adolescent, doit laisser sa place pour, ce qu’il recherche à distancer, sa famille. ( Non pas qu’il la déteste, encore faudrait il lui demander, mais surtout parce que sa construction nécessite de l’espace). Ce changement massif va alors perturber une

dynamique déjà fragile, et sollicite des aménagements nouveaux. Les réseaux sociaux, déjà fortement investis, deviennent des canaux de communication privilégiés. Ils constituent un étayage rassurant dans ce contexte inédit. Le temps passé sur les réseaux sera encore plus important, avec la confrontation à une multitude d’informations.

Ce qui n’est pas expliqué à l’enfant, il se l’imaginera. Ce qui n’est pas dit à l’adolescent, il en cherchera la cause.

Entre toutes ces informations, on retrouvera celle de la théorie du complot, la perméabilité des adolescents rendrait propice la croyance à ce type de théorie. Cependant l’âge ne serait pas le facteur principal en cause, cela tiendrait davantage aucontexte social et éducatif de l’adolescent.2 En effet, il pourra y retrouver, dans son schéma de pensée, des informations lui permettant d’approuver ses doutes concernant

l’autorité (gouvernement/ses parents/ses professeurs) et qui viendra lui apporter des raisons de pouvoir être en colère.

Le confinement c’est aussi l’opportunité de prendre le temps avec l’adolescent afin qu’il vous explique sa compréhension des choses, et de l’accompagner à développer son libre arbitre. L’accompagner à développer son schéma de pensée n’étant pas de lui imposer la lecture du journal de papa politisé, mais de lui proposer un accès à différentes lectures et points de vue, tout en maintenant une vigilance sur l’auteur de cet écrit et sur sa source.

Ci joint, un lien vers un site spécialisé pour les adolescents qui expliquent la construction des théories du complot, avec en prime un test sur les « fake news »: https://www.geoado.com/hors-series/theories-complot-gare-aux-mythos/

Eloge de l’ennui… Face à la solitude, d’autres occupations devront naître et faire face à l’ennui en fera partie. Se confronter à l’ennui c’est, pour certain, se retrouver face au vide, être à l’écoute de ses conflits psychiques et de ses besoins, cela peut représenter une angoisse terrible. A contrario, pour d’autres, c’est ce qui permettra de développer sa créativité et de retrouver une certaine sérénité loin d’une pression sociale constante (a bas l’anxiété de performance !).

Si toutefois l’ennui était toujours impossible à accepter, il existe des milliers d’articles disponibles sur les réseaux sociaux pour occuper son temps. Des « tutos » se démultiplient afin de devenir créateur expert de vêtements « customisés », de pâtisseries à plusieurs étages, de potager, ou encore de création en tout genre.

La société « du plein » a encore de beaux jours devant elle, à défaut de pouvoir se déplacer, on permet au mouvement de s’installer dans nos foyers.

Et si dans tout cela, c’était l’adolescent le mieux placé pour nous apprendre à faire face au processus de changement que génère une crise ?


Mélanie Magnin
Psychologue clinicienne,
Spécialisée en psycho-criminologie et victimologie


1 « Le rôle de la marque chez l’adolescent hypermoderne » Jocelyn Lachance.

2 Voir l’étude statistique : http://dante.univ-tlse2.fr/2452/1/cayrel_jane_M22016.pdf


N°2 : Le confinement, une occasion de réaffirmer nos liens !

N°2 : Le confinement, une occasion de réaffirmer nos liens !

« Heureux quand nous connaissons une famille où nous pouvons nous plaindre de notre famille. »

Jules Renard

L’adolescence est un moment où les jeunes prennent de la distance avec leurs cercles familiaux, certains à bas bruits, d’autres à grand fracas. Les contraintes et les rituels pèsent, et on préfèrerait passer ce temps entre amis…On cherche à se distinguer, physiquement, émotionnellement et intellectuellement de ses parents.

Pourtant, le besoin d’appartenance fait aussi partie des besoins fondamentaux de ces enfants devenus ados, dès leur arrivée au monde. Le nom et le prénom donnés à un nouveau né l’inscrivent au sein de la famille fondée par ses parents, mais aussi à une histoire remontant à des milliers d’années…

Appartenir, c’est faire partie, prendre part à une famille, à un cercle amical, à des groupes sociaux… C’est être relié aux autres par une adhésion commune à une dimension qui vient contenir et poser un cadre aux relations qui se passent à l’intérieur.

Par exemple, au sein d’une bande de copains, il y aura le partage d’une culture commune (musique, vêtements, séries…) mais aussi une solidarité et une loyauté qui sera attendue des membres de ce groupe.

Le mouvement de différenciation propre à l’adolescence ne pourra d’ailleurs se faire que si son inscription au sein de sa famille a été et reste sereine et contenante, y compris envers ses mouvements de rejets envers ses parents.

Alors, pourquoi ne pas se saisir de cette période particulière pour réaffirmer les liens qui nous unissent : ressortir les vieux albums de famille si on en a, créer celui qu’on aimerait revoir ensemble dans dix ans et pourquoi pas ? Lancer entre parents et ados le jeu de l’appartenançogramme…

Un appartenançoQUOI ?  Parlons plutôt d’une marguerite, dont je serais au cœur et dont les pétales tout autour représenteraient chacune des appartenances qui sont importantes pour moi, en faisant varier la taille des pétales en fonction.

Par exemple…

Ce qui peut être ENCORE plus intéressant, c’est qu’en famille on fasse nos marguerites de façon croisée. C’est-à-dire, un parent imagine quelle serait la marguerite qu’aurait faite son ado, un ado ferait celle de son parent, etc. Puis on se les expose…

Pourquoi ? Pour prendre le temps de réfléchir à ce qui compose le quotidien de l’autre, mon parent ou mon ado, nous ré-informer sur cette part de l’autre qui nous échappe lorsqu’on court habituellement dans notre quotidien… tout en acceptant que chacun puisse garder de l’intime dans ses réponses !

Vous essayez et vous nous dites ce que ça donne ?

Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez lire l’article de Robert Neuburger, Relations et appartenances: https://www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2003-2-page-169.htm


Béatrice Delpont
Psychologue clinicienne,
D-Clic Arpège, Maison Des Adolescents du Gard.


N°1 : Penser le besoin de différenciation des ados en contexte de confinement.


« L’humanité entière n’est faite que de cas particuliers, la vie est créatrice de différences, et s’il y a « reproduction », ce n’est jamais à l’identique. « 

Amin Maalouf

La différence, c’est bien la grande affaire de l’adolescence. Faire la différence avec l’enfant que l’on n’est plus. Faire la différence avec ces adultes, ces gens d’un autre monde qui peuvent nous agacer, nous fasciner ou au mieux nous indifférer.

La différenciation, c’est bien la grande affaire de l’adolescent. Dans ce tri qu’il va devoir faire parmi les valeurs qui lui ont été transmises par son groupe familial, comment va-t-il composer entre ce qui lui permet de continuer à appartenir à sa famille tout en étant lui, acquérir son identité d’adulte, sa place dans cette famille, son inscription sociale,… ?

Un des enjeux majeurs de l’ado est en effet de pouvoir « sortir » de sa famille, dans tous les sens du terme, trouver ailleurs de quoi faire un peu du neuf. Il est important à tout âge d’avoir plusieurs cercles d’appartenances (la famille, certes, mais aussi les amis, les associations sportives, une communauté religieuse, une appartenance politique, etc.) Mais à l’adolescence, cette question devient cruciale. L’avis du groupe des copains devient bien plus important que celui de ses parents…

Or, cette période inédite vient délimiter -physiquement en tout cas- l’appartenance à un seul cercle : celui de la famille nucléaire.

De quoi péter les plombs ! D’ailleurs que ce soit en ville ou à la campagne on voit bon nombre d’ados qui ont du mal à respecter le confinement.

Alors, à situation inédite, nouvelles réponses…  Comment permettre à nos ados de garder le contact avec leurs communautés, leurs groupes d’appartenances ? Appels, accès à leurs messageries, signaux de fumée… tout est bon, et peut-être faut-il envisager ces moyens pour eux de communiquer avec leurs copains avec un peu plus de souplesse qu’habituellement ! Et de notre côté, de ne pas hésiter à faire appel à nos amis ou à des professionnels qui peuvent également nous soutenir dans cette parentalité à l’épreuve du confinement.


Béatrice Delpont
Psychologue clinicienne,
D-Clic Arpège, Maison Des Adolescents du Gard.


Présentation

En ces temps de confinement, la MDA garde contact, maintient le lien. Nous avons adapté nos modes de fonctionnement, et l’on poursuit notre transformation avec la mise en place d’un édito bi-hebdomadaire.

Kézako cet édito ? Simplement la volonté de vous donner à lire, 2 fois par semaine (lundi et jeudi), quelques lignes brèves (il y a tant de choses à lire !) sur le thème « adolescence au temps du confinement », pour vous proposer une compréhension (parmi d’autres !) des enjeux qui sont ceux de l’adolescence dans ces conditions de vie si particulières que nous traversons. Comprendre ce que les ados peuvent manifester, donner à voir, à entendre et à vivre à leur entourage immédiat, pour essayer de les accompagner, de les soutenir, chacune et chacun, de notre place de frère ou sœur, d’ami, d’adulte, de parent ou de professionnel.

Mais pas que ! Cet édito se veut aussi un espace d’écrit que chacune et chacun d’entre vous peut venir alimenter. Vous êtes nombreux à vivre un quotidien qui interroge, qui fragilise ou qui stimule, que ce soit à titre individuel, au sein de la famille ou encore dans des équipes d’accompagnement (prévention spécialisée, établissements médico sociaux, équipes sanitaires, associations de proximité…). Adolescents, parents, professionnels, venez y témoigner, venez partager vos ressentis, vos réflexions, votre quotidien. Vous pouvez envoyer un message sur l’adresse mail à contact.arpege@mda30.com

Nous lirons tous les messages sans exception, nous vous en ferons un retour, et nous en ferons aussi des supports pour les contenus des éditos à venir.

Alors, à vos claviers !

Numéros d’urgences.

Violences conjugales, autisme, enfants maltraités, précarité, isolement… Voici toutes les informations utiles pendant cet épisode de confinement.

Enfance en danger

  • Un collectif pour la protection de l’enfance #SosEnfantsPlacés s’est créé afin que la lutte contre le coronavirus ne se fasse pas au détriment des enfants qui dépendent de l’aide sociale à l’enfance. Les professionnels peuvent faire remonter leurs difficultés à l’adresse mail : sos@enfantsplaces.org.
  • Le 119 est le numéro gratuit à appeler en cas de suspicion de maltraitances intrafamiliales sur des enfants, lesquels sont particulièrement fragilisés et invisibilisés durant cette période.

Violences conjugales

  • Les violences conjugales ayant augmenté de 30 % depuis le confinement, un dispositif d’alerte a été mis en place depuis le 27 mars dans les pharmacies afin que les femmes victimes puissent se signaler auprès des forces de l’ordre.
  • La plateforme nationale « Arrêtons les violences » reste plus que jamais d’actualité. En cas d’urgence, le 17 est à privilégier pour joindre les services de police ou de gendarmerie.
  • Une écoute et une orientation vers les dispositifs de prise en charge des femmes victimes de violences sont assurées par le numéro national de référence : 3919.
  • Pour l’accès au droit et à la justice, le réseau associatif France Victimes est joignable au 116006.
  • La diffusion des téléphones « grave danger » (TGD) est maintenue. Gratuite, l’application permet d’alerter en toute discrétion trois proches de confiance et de joindre les services d’urgence : le 112 et le 114.

Isolement et précarité

  • Le dispositif « La Croix-Rouge chez vous » vient en aide aux personnes vulnérables et isolées chez elles. Le numéro 09 70 28 30 00, ouvert  de 8 h à 20 h, 7 jours sur 7, peut apporter un soutien psychologique et des produits de première nécessité.  
  • Le site Soliguide permet de connaître les structures restant ouvertes aux personnes démunies pendant le confinement. Appel gratuit au 0 800 130 000.
  • Les aides sociales (RSA, RSO en outre-mer, AAH, etc.) seront renouvelées automatiquement pour les personnes dans l’incapacité de refaire leur déclaration trimestrielle auprès des services de la CAF.

Handicap

  • Des professionnels de l’autisme peuvent-il encore intervenir au domicile ? Comment gérer les crises ou avoir recours à la pair-aidance à distance ? Les centres ressources autisme (CRA) étant fermés durant le confinement, pour répondre à ces questions, la plateforme d’information nationale « Autisme info service » est renforcée. Tél. : 0 800 71 40 40.
  • En cas d’urgence médicale, les personnes déficientes auditives peuvent composer un numéro d’urgence dédié, le 114.
  • Et pour toute question sur le coronavirus, un téléservice gouvernemental est à disposition de ce même public. Il offre, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 une transcription écrite et, du lundi au vendredi, entre 8h30 et 19h, du langage parlé complété et un interprétariat en langue des signes française. Pour le contacter, cliquez sur ce lien.

Soutien à la parentalité :

  • L’école des parents et des éducateurs du gard (EPE 30) met en place une permanence téléphonique de soutien à la parentalité, du lundi au jeudi de 9h30 à 16h30 et le vendredi de 9h à 12h au 07 49 24 32 20. Si vous souhaitez être rappelé, vous pouvez aussi envoyer un message à epe30formation@gmail.com avec vos coordonnées.